Pourquoi développer sa sérendipité ?

Se former et surtout s’autoformer demandent de la créativité, de la curiosité et surtout une bonne dose de sérendipité, d’exploitation des heureux hasards.

La sérendipité, c’est comme la prose : il nous arrive à tous d’en faire sans le savoir ! D’aucuns lui préfèrent le terme de « fortuité » ou de « fortuitude » ou encore de « zadigacité », nouveaux mots qui alimentent notre culture générale (!). Mais qu’en est-il exactement ? Comment être un bon sérendipiteur ?

La sérendipité, fruit de la curiosité et du hasard
La sérendipité : chercher et trouver ce qu’on ne cherchait pas !

Vous avez dit sérendipité ?


La définition d’abord… Le terme même de « sérendipité » naît au 18e siècle des « Voyages et aventures des trois princes de Serendip », conte philosophique à la Voltaire. Giafer, philosophe-roi de Serendip, ancien nom de l’île de Ceylan, avait trois fils. Pour parfaire leur éducation, il les envoya explorer le monde. Tout au long de leur voyage, les trois jeunes gens ne cessèrent de faire des découvertes merveilleuses et inattendues. Au final, ils repartirent avec d’autres richesses que celles qu’ils pensaient venir chercher.

Quelques années plus tard, Horace WALPOLE, homme politique et écrivain britannique, utilise dans une lettre à un lointain cousin le terme « serendipity« . Faisant référence aux princes de Serendip, il désigne par là la faculté de « découvrir, par hasard et sagacité, des choses qu’on ne cherchait pas« . Nombre de romanciers et de savants se passionnent ensuite pour cette idée de « sagacité accidentelle », de BALZAC à POE ou de FREUD à POINCARÉ.

Plus près de nous, dans les années 1950, le sociologue américain Robert King MERTON étudie la sérendipité surtout dans les sciences et la technique. La sérendipité devient alors un concept ambigu où on met l’accent tantôt sur le hasard et la chance dans la découverte, tantôt sur la seule sagacité, en réduisant alors la portée intuitive.

Pour résumer, la sérendipité serait la « capacité à reconnaître intuitivement et immédiatement — et à exploiter rapidement, avec créativité — les conséquences potentielles et les opportunités offertes par un concours heureux ou malheureux de circonstances  (erreur, maladresse, négligence, etc.) ». Elle désigne donc l’acte de découvrir quelque chose qu’on ne cherchait pas ou, plus exactement, qu’on cherchait mais on a trouvé autre chose. Il est important de le souligner. Au départ il y a une démarche d’exploration. Ce qu’on trouve ne tombe pas du ciel par hasard !

Nous sommes tous des sérendipiteurs

Qui sont donc les sérendipiteurs ? Souvent des scientifiques, nous l’avons vu. Citons pêle-mêle FLEMING qui, en ne désinfectant pas une éprouvette, découvre la pénicilline. Ou RÖNTGEN qui découvre par hasard les rayons X. Ou encore les cas du Post-it, du Velcro ou du micro-ondes, conçus alors que leurs inventeurs étaient partis sur d’autres pistes.

Cela marche aussi en cuisine : le gâteau manqué ou les chips ou la tarte Tatin par exemple.

Mais le concept peut s’appliquer à des domaines aussi divers que le droit, l’art ou la politique. L’un des points forts de la démocratie serait sa capacité à intégrer la sérendipité en favorisant la disponibilité à accueillir l’inconnu, c’est-à-dire la nouvelle interprétation, le nouvel argument.

Toutefois, les sérendipiteurs, ce sont aussi vous ou moi. Qui d’entre nous, à son modeste niveau, n’a pas fait des recherches sur Internet sur un sujet quelconque pour au final se lancer sur une voie totalement différente, plus enrichissante et plus enthousiasmante ?

Alors, suffit-il de surfer sur le net pour devenir un créateur de génie ? Les choses ne sont pas tout à fait aussi simples, sinon cela se saurait ! Comme disait PASTEUR, « la chance ne sourit qu’aux esprits bien préparés » parce que la découverte « ne peut jamais surgir du seul apprentissage des savoirs disciplinaires ». Elle implique l’ »art d’interpréter les traces et les signes« , la synergie entre arts et sciences, la disponibilité de l’esprit à recevoir ce qui le surprend et le déroute.

Testez, expérimentez…

Ce qui m’amène à la constatation suivante : la sérendipité demande de l’audace, de la curiosité, de l’imagination… Elle exige de tester, d’expérimenter et de faire des liens entre les choses… Ne serait-ce pas là l’exacte définition de la créativité ?

Certes, la sérendipité implique une part de chance hors de notre contrôle. Mais c’est notre curiosité, notre vivacité d’esprit et notre volonté qui nous feront transformer une opportunité en réalité. La chance n’est alors souvent « que » la capacité à reconnaître ces heureux hasard, à déduire, à penser « out of the box », hors des sentiers battus. Les bons sérendipiteurs sont ceux qui savent s’affranchir du cadre et saisir au vol une idée qui passe.

Je ne suis pas la seule à vanter les avantages de la sérendipité. Elle a été aussi mise à l’honneur par le philosophe Michel SERRES qui qualifiait cette notion de « cheminement sans plan ». Il parlait de « chasse quasi au hasard qui fait que l’on rencontre ce que l’on ne quête pas  ». Il citait la sérendipité de BOUCICAULT, le fondateur du Bon Marché. Son magasin était bien rangé mais son chiffre d’affaires plafonnait. Il eut alors l’intuition de transformer ses rayons en un chaos obligeant ses clients à traverser des endroits où ils ne seraient jamais allés autrement et faire ainsi des achats imprévus ! Et Michel SERRES de conclure : « Ceux dont l’œuvre défient tout classement et qui sèment à tout vent fécondent l’inventivité alors que les méthodes pseudo-rationnelles n’ont jamais servi de rien ».

La sérendipité, ça se développe

Pour lui, penser, c’est inventer, d’où son éloge de la bifurcation et du déséquilibre, de l’écart. Ce principe « à sauts et à gambades » comme le voulait MONTAIGNE est finalement créateur et particulièrement favorisé aujourd’hui par les nouvelles technologies.

De même que la nature innove par l’écart, comme l’indiquent par exemple les mutations génétiques observées en laboratoire, l’homme pense en empruntant les chemins de traverse, en pratiquant le pas de côté

Bonne nouvelle : la sérendipité, ça  se développe ! Le simple fait d’être sociable et d’interagir avec les gens de notre entourage nous donne de meilleures chances de rencontrer ces heureux hasards. L’important, comme toujours, étant de nous détacher de la peur de l’échec et de sortir de notre zone de confort.

Nous défaire de nos a priori, essayer de rencontrer des personnes avec qui faire simplement connaissance, sans objectif particulier, oser ce que nous ne faisons jamais, adopter de nouvelles pratiques … Il s’agit de garder l’esprit ouvert, conscient et en éveil : c’est encore le meilleur moyen d’apprendre et de devenir un bon sérendipiteur.

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