10 biais cognitifs dont il faut vous méfier

Quand nous formons, surtout en autodidacte, nous devons nous méfier de nous-mêmes ! Nous sommes en effet sujets à certains raisonnements qui émoussent notre sens critique. On les appelle les »biais cognitifs« . En voici 10 qu’il vaut mieux éviter si vous souhaitez apprendre sans vous faire manipuler !

 

Une réalité déformée par nos biais cognitifs
Attention à ces biais cognitifs qui déforment notre réalité

 

Une découverte relativement récente

Un biais cognitif est une erreur de pensée inconsciente, systématique et récurrente. Ce concept est né dans les années 1970, grâce aux recherches en psychologie de Daniel KAHNEMAN (devenu ensuite prix Nobel !) et Amos TVERSKY. Ceux-ci ont étudié la façon dont nous prenons réellement nos décisions dans des situations risquées. Ils ont notamment démontré que la probabilité qu’un événement se produise est souvent estimé (mal) en fonction de la facilité avec laquelle des événements semblables nous reviennent en mémoire. C’est le biais de disponibilité qui vous conduit à vous focaliser sur une partie de l’information.

Par exemple, vous avez aimé le cours d’anglais de tel organisme de formation. Vous allez donc vous inscrire chez eux pour apprendre l’informatique. A vos risques et périls tout de même, car ce n’est peut-être pas leur spécialité ou la pédagogie ne vous sera pas adaptée. Mais votre cerveau aura privilégié les informations directement disponibles, les plus usuelles ou encore les plus récentes ou les plus chargées d’émotions.

Nos deux psychologues ont aussi mis en évidence le biais de représentativité qui consiste à négliger une partie de l’information. C’est un raccourci mental qui consiste à porter un jugement à partir de quelques éléments, pas nécessairement représentatifs. Ce type de biais nous amène à penser que cet homme en costume-cravate est sans doute un cadre de la finance alors qu’il est bien plus probable qu’il soit un simple employé.

Chez nos ancêtres, ces biais cognitifs constituaient des raccourcis mentaux permettant à notre cerveau d’économiser du temps et de l’énergie. En cas de danger, cela pouvait être précieux et nous sauver la vie.

Mais dans la complexité de notre monde moderne, ces biais cognitifs distordent la réalité. Ils l’analysent à travers des prismes irrationnels et illogiques. Pour prendre un exemple un trivial mais parlant, le biais de la dépense gâchée nous oblige à nous gaver au restaurant et à finir coûte que que coûte notre assiette. Nous préférons risquer d’être malade plutôt que de nous avouer que nous avons eu les yeux plus gros que le ventre… Mais il ne faudrait pas avoir payé le menu « Entrée-plat-dessert » et en laisser dans l’assiette en ayant l’air de gaspiller !

Des biais cognitifs qui ont leur utilité

Alors maintenant que nous le savons, pourquoi continuons-nous tous à nous laisser piéger par ces biais à un moment ou un autre ? Parce que ne vous faites aucune illusion : chacun d’entre nous les rencontre plus ou moins. C’est que ces fameuses distorsions nous aident à résoudre les quatre problèmes suivants (ce que notre cerveau paresseux apprécie !) :

  • Le trop plein d’informations auquel nous sommes confrontés
  • La nécessité de mémoriser les parties les plus utiles des informations reçues
  • Le manque de temps
  • L’absence de sens de notre monde.

Pour ce faire, nos biais faussent souvent notre analyse à la fois du monde, des autres et de nous-mêmes. Par exemple, la plupart d’entre nous avons déjà subi une corrélation illusoire. Ce biais cognitif consiste à percevoir une corrélation entre deux événements, alors qu’elle n’existe pas ou est très faible. Mais nous nous laissons influencer parce que cela explique ce qui nous entoure au lieu de nous laisser dans un hasard, un flou angoissant. Si vous souhaitez des exemples amusants sur le sujet, je vous conseille d’essayer l’outil de « comparaison au hasard » des « Décodeurs » du journal « Le Monde ».

Le problème avec les biais cognitifs, c’est qu’ils sont nombreux, Mais en voici 6 autres que vous risquez de rencontrer régulièrement :

  1. Le biais d’ancrage ou la difficulté à nous départir d’une première impression. Il nous incite à nous fier à l’information reçue en premier pour nous décider.
  2. Le biais de négativité nous pousse à prendre en compte les informations négatives davantage que les positives. Effectivement, les informations qui nous causent du désagrément frappent plus notre attention et nous les mémorisons plus facilement. A l’inverse, nous avons tendance à oublier les bons souvenirs et donc à ne pas les prendre en compte dans notre raisonnement. C’est un biais qu’un certain nombre de media d’information en continu savent particulièrement exploiter !
  3. Le biais de confirmation consiste à privilégier les informations confirmant nos idées préconçues ou nos hypothèses, sans trop nous soucier de la véracité de ces informations. En conséquence, nous rassemblons des éléments, de manière sélective, en les interprétant de façon déformée. En quelque sorte, nous adaptons la réalité en fonction de ce qui nous arrange.
  4. La notion de biais d’auto-complaisance désigne notre tendance à attribuer nos réussites à nos qualités propres et nos échecs à des facteurs ne dépendant pas de nous. Cela nous permet de maintenir une image positive de nous-même. Typiquement, nous obtenons une certification à la force de notre seul poignet. Si, au contraire, nous échouons, c’est la faute du formateur qui explique mal ou qui ne nous aime pas.
  5. L’effet DUNNING-KRUGER, ou effet de sur-confiance, nous entraîne à surestimer nos compétences dans un domaine pour lequel nous ne sommes pourtant pas vraiment qualifiés. Qui d’entre nous, alors qu’il commençait à étudier une nouvelle matière, ne s’est pas cru à un moment capable de conseiller tout un chacun alors que les maigres connaissances acquises étaient loin de faire de lui un expert ?
  6. Enfin, mon chouchou : le biais de conformisme. Lorsque votre jugement entre en conflit avec celui du groupe, vous avez tendance à vous conformer à ce qu’affirme le groupe. L’expérience de Solomon ASCH est très explicite à ce sujet (je ne m’en lasse pas !). Elle montre bien comment une personne saine d’esprit en vient pourtant à croire le groupe plutôt que ce qu’elle voit.

Comment nous en prémunir ?

Alors que faire, face à tous ces biais cognitifs qui faussent notre jugement ? Et encore nous n’en n’avons vu que dix ! Comment nous en affranchir ? Comment trier les milliers d’informations qui nous assaillent dès que nous arrivons sur un moteur de recherche ? Avec les plateformes gratuites et les nouvelles technologies, nous sommes tous des éditeurs de contenus en puissance. Ces textes ou ces vidéos ne connaissent ni correction ni validation avant leur publication. Inutile de vous dire que le pire peut y côtoyer le meilleur.

Commencez alors par affiner vos recherches avec des sites comme « Google Recherche Avancée » où vous pouvez préciser vos critères de recherches et plus particulièrement les dates de parution.

Et puis exercez votre pensée critique en contrôlant pour chaque site :

  • la présence d’un moyen d’identifier l’auteur et l’éditeur.

  • La légitimité de l’auteur sur le sujet.

  • l’objectivité que peut avoir l’auteur et son intérêt personnel à prendre parti.

  • les autres contenus sont-ils fiables ou, au contraire, sujets à polémique ?

  • s’agit-il d’un site officiel (administration, université,… ) ou d’un site individuel ?

  • Date de la publication.

  • Comparaison avec d’autres sites, etc.

Pour en savoir plus, rendez-vous sur You Tube avec des chaînes comme « La tronche en biais » ou « Spline LND » . Elles vulgarisent de manière drôlatique des notions de psychologie sociale sur la pensée critique, les manipulations et les biais. Il y a aussi « Horizon Gull » (plus politique).

Mais est-ce que je ne fais pas moi-même preuve d’un biais en vous les conseillant ?

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4 réflexions sur « 10 biais cognitifs dont il faut vous méfier »

  1. Le biais qui me touche le plus est celui de la négativité, j’ai tendance à oublier mes accomplissements et à me focaliser sur mes petites lacunes. Définitivement un biais à enrayer.

    Merci !

    1. Merci de ce partage, Vincent.
      Je dois avouer que, de mon côté, le biais qui me concerne le plus est certainement celui de confirmation.
      J’essaie de le combattre en lisant des articles qui présentent une autre opinion que la mienne ou en débattant avec des amis qui ne sont pas de mon avis pour ouvrir au maximum mon point de vue. Mais ce n’est pas facile !

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